Robert Mapplethorpe - 1st Edition - Black Males - 1980





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Robert Mapplethorpe : Black Males
Première édition, Galerie Jurka, Amsterdam, 1980. Introduction par Edmund White.
Black Males est l’une des publications photographiques les plus intransigeantes et importantes de Mapplethorpe à ses débuts. Publié pour la première fois à Amsterdam par Galerie Jurka en 1980, le livre accompagnait l’exposition éponyme de Mapplethorpe et représente un moment crucial dans le développement de son langage visuel distinctif. C’est une première monographie entièrement consacrée à ses photographies d’hommes noirs, sujet qui occupe une place significative et de plus en plus centrée dans son œuvre à la fin des années 1970 et au début des années 1980.
Les photographies de Black Males révèlent l’extraordinaire capacité de Mapplethorpe à transformer le corps humain en une image de précision formelle. Travaillant principalement en noir et blanc, il isole ses sujets sur des fonds neutres et dirige l’attention vers la structure physique du corps : musculature, posture, peau, geste et silhouette. Les images qui en résultent possèdent une qualité presque sculpturale. Les corps deviennent des volumes et des surfaces, soigneusement contrôlés par la lumière et la composition.
Pourtant, la simplicité apparente de ces photographies dissimule un ensemble complexe de questions. Mapplethorpe était fasciné par la sculpture classique et par les traditions de l’art occidental qui avaient historiquement établi le corps masculin comme un objet de contemplation esthétique. Dans Black Males, il importe cette tradition dans le cadre de la photographie contemporaine, du désir queer et du paysage culturel du New York de la fin des années 1970.
La tension entre beauté et érotisme est fondamentale pour l’œuvre. Les photographies de Mapplethorpe peuvent être extraordinairement directes, mais elles sont aussi remarquablement maîtrisées. La charge érotique des images n’est jamais séparée de leur construction formelle. Une épaule, un torse, une main ou un visage deviennent partie d’une composition soigneusement équilibrée, tandis que l’objectif enregistre simultanément un corps individuel et le transforme en objet esthétique.
Cette dualité était centrale dans la pratique photographique de Mapplethorpe. Il a réitéré les frontières conventionnelles séparant le portrait, la mode, la sculpture, la beauté classique et la photographie érotique. Black Males est particulièrement important parce que ces préoccupations différentes convergent avec une clarté exceptionnelle. Le livre démontre comment Mapplethorpe pouvait utiliser les conventions de la photographie d’art pour placer une imagerie explicitement érotique dans une tradition visuelle sophistiquée.
La publication reflète également l’environnement culturel dans lequel Mapplethorpe travaillait. New York dans les années 1970 était un lieu d’expérimentation artistique et sexuelle extraordinaire, et Mapplethorpe est devenu l’un des photographes les plus intimement associés à ses milieux artistiques underground et queer. Ses photographies du corps masculin n’étaient pas simplement des explorations privées de la sexualité ; elles sont devenues partie d’un engager plus large avec ce qui pouvait être représenté, exposé et considéré comme art.
Le texte d’introduction d’Edmund White apporte une autre couche à la publication. White, l’un des écrivains américains les plus importants liés à la littérature gay, aborde les photographies de Mapplethorpe par les questions de race, de sexualité et de regard. Sa contribution clarifie que les photographies ne peuvent être comprises simplement comme des exercices de beauté formelle. Elles soulèvent des questions sur qui regarde, qui est regardé et comment les identités raciales et sexuelles façonnent cette rencontre.
Cela est particulièrement significatif parce que l’esthétisation des corps masculins noirs par Mapplethorpe a suscité un débat considérable. Certaines lectures de l’œuvre mettent l’accent sur la célébration de la beauté noire et son défi aux traditions esthétiques principalement blanches. D’autres interprétations ont remis en question la relation de pouvoir impliquée dans le fait qu’un photographe blanc photographie des hommes noirs dans un cadre explicitement érotique et hautement stylisé. Ces tensions ne sont pas accessoires au livre; elles font partie de ce qui rend Black Males une œuvre aussi complexe et durable.
Ce qui demeure frappant, toutefois, est le refus de Mapplethorpe de flouter les images. Il n’y a aucune tentative de dissimuler la dimension érotique des photographies derrière des conventions documentaires. Par ailleurs, il n’y a pas de récit conventionnel expliquant les sujets. Les hommes apparaissent à travers des images isolées, des gestes et des fragments, laissant le corps lui-même devenir le sujet principal.
La séquence du livre renforce cette approche. Plutôt que de construire une histoire documentaire conventionnelle, Mapplethorpe crée une progression visuelle fondée sur la répétition, la variation et le contraste. Des poses et des formes physiques similaires reviennent, mais des changements subtils dans l’éclairage, le geste et le cadrage modifient continuellement la signification des images. L’effet cumulatif est presque sculptural, comme si le livre lui-même construisait une étude évolutive du corps masculin.
Black Males est donc bien plus qu’un simple catalogue précoce des photographies de Mapplethorpe. C’est une affirmation concentrée de sa compréhension de la photographie. L’appareil photo devient un moyen de transformer la présence physique en structure formelle, tandis que le photobook offre un espace dans lequel l’érotisme, la beauté, la race et l’identité peuvent coexister simultanément.
La première édition de 1980 est particulièrement significative dans la bibliographie de Mapplethorpe. Publiée par Galerie Jurka à Amsterdam comme catalogue d’exposition, elle contient 52 pages et présente 43 tirages photographiques en noir et blanc, avec une introduction d’Edmund White. Elle appartient à une période qui précède immédiatement la consolidation de la renommée internationale de Mapplethorpe et offre une vision importante de l’artiste à un moment pivot de sa carrière.
Vue aujourd’hui, Black Males conserve une intensité visuelle extraordinaire. Les photographies sont sévères, élégantes et délibérément provocantes. Elles démontrent la conviction de Mapplethorpe dans le pouvoir d’une composition précise tout en exposant simultanément les complexités culturelles et personnelles contenues dans l’acte de photographier le corps.
Pour quiconque s’intéresse au travail précoce de Mapplethorpe, à la photographie queer, à l’histoire du nu masculin ou à l’évolution du Photobook contemporain, Black Males est une publication essentielle. Son importance réside non seulement dans les photographies individuelles mais aussi dans la manière dont le livre réunit sexualité, esthétique classique, race et forme photographique à un moment où de telles combinaisons restaient profondément controversées.
En tant que première édition de 1980, Black Males offre une rencontre directe avec l’un des corps d’œuvres qui définissent la carrière de Mapplethorpe, avant que les livres et expositions ultérieurs du photographe ne transforment ces images en certaines des photographies les plus reconnues de la fin du XXe siècle.
À propos du vendeur
Robert Mapplethorpe : Black Males
Première édition, Galerie Jurka, Amsterdam, 1980. Introduction par Edmund White.
Black Males est l’une des publications photographiques les plus intransigeantes et importantes de Mapplethorpe à ses débuts. Publié pour la première fois à Amsterdam par Galerie Jurka en 1980, le livre accompagnait l’exposition éponyme de Mapplethorpe et représente un moment crucial dans le développement de son langage visuel distinctif. C’est une première monographie entièrement consacrée à ses photographies d’hommes noirs, sujet qui occupe une place significative et de plus en plus centrée dans son œuvre à la fin des années 1970 et au début des années 1980.
Les photographies de Black Males révèlent l’extraordinaire capacité de Mapplethorpe à transformer le corps humain en une image de précision formelle. Travaillant principalement en noir et blanc, il isole ses sujets sur des fonds neutres et dirige l’attention vers la structure physique du corps : musculature, posture, peau, geste et silhouette. Les images qui en résultent possèdent une qualité presque sculpturale. Les corps deviennent des volumes et des surfaces, soigneusement contrôlés par la lumière et la composition.
Pourtant, la simplicité apparente de ces photographies dissimule un ensemble complexe de questions. Mapplethorpe était fasciné par la sculpture classique et par les traditions de l’art occidental qui avaient historiquement établi le corps masculin comme un objet de contemplation esthétique. Dans Black Males, il importe cette tradition dans le cadre de la photographie contemporaine, du désir queer et du paysage culturel du New York de la fin des années 1970.
La tension entre beauté et érotisme est fondamentale pour l’œuvre. Les photographies de Mapplethorpe peuvent être extraordinairement directes, mais elles sont aussi remarquablement maîtrisées. La charge érotique des images n’est jamais séparée de leur construction formelle. Une épaule, un torse, une main ou un visage deviennent partie d’une composition soigneusement équilibrée, tandis que l’objectif enregistre simultanément un corps individuel et le transforme en objet esthétique.
Cette dualité était centrale dans la pratique photographique de Mapplethorpe. Il a réitéré les frontières conventionnelles séparant le portrait, la mode, la sculpture, la beauté classique et la photographie érotique. Black Males est particulièrement important parce que ces préoccupations différentes convergent avec une clarté exceptionnelle. Le livre démontre comment Mapplethorpe pouvait utiliser les conventions de la photographie d’art pour placer une imagerie explicitement érotique dans une tradition visuelle sophistiquée.
La publication reflète également l’environnement culturel dans lequel Mapplethorpe travaillait. New York dans les années 1970 était un lieu d’expérimentation artistique et sexuelle extraordinaire, et Mapplethorpe est devenu l’un des photographes les plus intimement associés à ses milieux artistiques underground et queer. Ses photographies du corps masculin n’étaient pas simplement des explorations privées de la sexualité ; elles sont devenues partie d’un engager plus large avec ce qui pouvait être représenté, exposé et considéré comme art.
Le texte d’introduction d’Edmund White apporte une autre couche à la publication. White, l’un des écrivains américains les plus importants liés à la littérature gay, aborde les photographies de Mapplethorpe par les questions de race, de sexualité et de regard. Sa contribution clarifie que les photographies ne peuvent être comprises simplement comme des exercices de beauté formelle. Elles soulèvent des questions sur qui regarde, qui est regardé et comment les identités raciales et sexuelles façonnent cette rencontre.
Cela est particulièrement significatif parce que l’esthétisation des corps masculins noirs par Mapplethorpe a suscité un débat considérable. Certaines lectures de l’œuvre mettent l’accent sur la célébration de la beauté noire et son défi aux traditions esthétiques principalement blanches. D’autres interprétations ont remis en question la relation de pouvoir impliquée dans le fait qu’un photographe blanc photographie des hommes noirs dans un cadre explicitement érotique et hautement stylisé. Ces tensions ne sont pas accessoires au livre; elles font partie de ce qui rend Black Males une œuvre aussi complexe et durable.
Ce qui demeure frappant, toutefois, est le refus de Mapplethorpe de flouter les images. Il n’y a aucune tentative de dissimuler la dimension érotique des photographies derrière des conventions documentaires. Par ailleurs, il n’y a pas de récit conventionnel expliquant les sujets. Les hommes apparaissent à travers des images isolées, des gestes et des fragments, laissant le corps lui-même devenir le sujet principal.
La séquence du livre renforce cette approche. Plutôt que de construire une histoire documentaire conventionnelle, Mapplethorpe crée une progression visuelle fondée sur la répétition, la variation et le contraste. Des poses et des formes physiques similaires reviennent, mais des changements subtils dans l’éclairage, le geste et le cadrage modifient continuellement la signification des images. L’effet cumulatif est presque sculptural, comme si le livre lui-même construisait une étude évolutive du corps masculin.
Black Males est donc bien plus qu’un simple catalogue précoce des photographies de Mapplethorpe. C’est une affirmation concentrée de sa compréhension de la photographie. L’appareil photo devient un moyen de transformer la présence physique en structure formelle, tandis que le photobook offre un espace dans lequel l’érotisme, la beauté, la race et l’identité peuvent coexister simultanément.
La première édition de 1980 est particulièrement significative dans la bibliographie de Mapplethorpe. Publiée par Galerie Jurka à Amsterdam comme catalogue d’exposition, elle contient 52 pages et présente 43 tirages photographiques en noir et blanc, avec une introduction d’Edmund White. Elle appartient à une période qui précède immédiatement la consolidation de la renommée internationale de Mapplethorpe et offre une vision importante de l’artiste à un moment pivot de sa carrière.
Vue aujourd’hui, Black Males conserve une intensité visuelle extraordinaire. Les photographies sont sévères, élégantes et délibérément provocantes. Elles démontrent la conviction de Mapplethorpe dans le pouvoir d’une composition précise tout en exposant simultanément les complexités culturelles et personnelles contenues dans l’acte de photographier le corps.
Pour quiconque s’intéresse au travail précoce de Mapplethorpe, à la photographie queer, à l’histoire du nu masculin ou à l’évolution du Photobook contemporain, Black Males est une publication essentielle. Son importance réside non seulement dans les photographies individuelles mais aussi dans la manière dont le livre réunit sexualité, esthétique classique, race et forme photographique à un moment où de telles combinaisons restaient profondément controversées.
En tant que première édition de 1980, Black Males offre une rencontre directe avec l’un des corps d’œuvres qui définissent la carrière de Mapplethorpe, avant que les livres et expositions ultérieurs du photographe ne transforment ces images en certaines des photographies les plus reconnues de la fin du XXe siècle.

