Jean Fernel (Ioannis Fernelii) - Universa Medicina / Curatio Methodica - 1586






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Jean Fernel Universa Medicina et Febrium ac luis venereae curatio methodica, Lyon 1586, imprimé par l'Officina dei Giunti et Pauli Guittius, reliure en parchemin, latin original, deux ouvrages reliés totalisant 720 pages.
Description fournie par le vendeur
JEAN FERNEL
Universa medicina e Febrium ac luis venereae curatio methodica
Lyon, 1586 — Officina dei Giunti e Paul Guittius
1. L’auteur : Jean Fernel
Jean Fernel (1497–1558), indiqué en frontispices comme Ioannes Fernelii Ambiani, fut l’une des personnalités les plus autorisées de la médecine européenne de la Renaissance. Né à Montdidier et formé à Paris, Fernel nourrissait initialement des intérêts mathématiques, astronomiques et philosophiques, pour se consacrer ensuite à la médecine. En 1530 il obtint le doctorat et en 1556 il devint médecin personnel d’Henri II de France, entrant ainsi directement dans l’entourage de la cour française.
Sa figure est particulièrement significative parce qu’elle appartient à cette génération d’érudits qui cherchèrent à réorganiser le savoir médical de l’Antiquité à la lumière de l’expérience et de l’observation clinique renaissances.
Fernel resta profondément lié à la tradition d’Hippocrate et de Galien, mais ne se limita pas à répéter passivement leurs enseignements. Son œuvre constitue en effet une systématisation large et organique de la médecine du XVIe siècle. L’historiographie le considère comme l’un des représentants les plus importants du fameux galénisme renaissant.
2. La première œuvre : Universa medicina
La première jaquette figurant sur les photographies porte le titre :
IOANNIS FERNELII AMBIANI, Universa Medicina, tribus et viginti libris absoluta.
L’œuvre réunit sous forme systématique les principales branches de la médecine selon la pensée de Fernel. Le texte comprenait à l’origine les grandes sections dédiées à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique, organisant le savoir médical en une structure globale et cohérente.
Il est particulièrement important que Fernel ait contribué à donner à la médecine une structure conceptuelle où l’étude du corps sain, celle des maladies et celle des méthodes thérapeutiques étaient considérées comme des parties d’un même système.
La Physiologie étudie le fonctionnement de l’organisme; la Pathologie aborde les maladies et leurs causes; la Therapeutice se concentre quant à elle sur les moyens par lesquels le médecin peut intervenir.
Cette conception représentait une tentative significative de transformer la médecine en une discipline ordonnée selon des principes généraux, plutôt que comme une simple collection de recettes et d’observations.
L’Académie nationale de médecine française souligne également que Fernel contribua à diffuser les termes « physiologie » et « pathologie » dans leur sens médical systématique.
3. La seconde œuvre : Febrium ac luis venereae curatio methodica
La seconde photographie montre un autre frontispice, lui aussi daté Lugduni, 1586, sous le titre :
Ioannis Fernelii Ambiani Febrium ac luis venereae curatio methodica libris duobus comprehensa.
Cette partie est consacrée à deux problèmes importants de la médecine de l’époque : les fièvres et la lue venerea, c’est-à-dire la syphilis.
Le texte représente donc un approfondissement essentiellement clinique et thérapeutique. Il ne s’agit pas simplement d’une répétition d’Universa medicina, mais d’une section spécifique dans laquelle sont abordées méthodiquement les modalités de traitement de certaines des maladies les plus difficiles et répandues de l’Europe moderne.
Le texte relatif aux fièvres avait déjà circulé sous forme autonome : une version plus large de la Febrium curandarum methodus generalis avait été publiée en 1577, tandis que le traité sur la lue venerea avait reçu sa propre publication en 1579. Par la suite, ces textes furent réunis dans les éditions de l’œuvre globale de Fernel.
La présence de ce second frontispice est donc bibliographiquement significative : elle montre comment l’édition de 1586 avait été conçue comme une grande collection organique des écrits médicaux de Fernel, comprenant aussi des traités spécialisés.
4. L’imprimeur : i Giunti et Paul Guittius
Le colophon typographique des photographies indique :
Lugduni, ex officina Iuntarum, et Pauli Guittii, M.D.LXXXVI
c’est-à-dire Lyon, par la typographie des Giunti et de Paul Guittius, 1586.
La présence des Giunti est particulièrement importante dans l’histoire de l’imprimerie européenne. La famille Giunta avait développé l’une des plus importantes entreprises typographiques et libraires de l’Europe moderne, avec des activités à Venise, Florence et Lyon.
Lyon, au XVIe siècle, était aussi l’un des principaux centres européens de production et de circulation du livre, notamment pour les œuvres scientifiques, médicales et humanistes. L’édition de 1586 s’inscrit donc dans un environnement éditorial international de premier plan.
Le catalogue de la Bibliothèque Braidense enregistre pour l’édition de 1586 la formule typographique « Lugduni : ex officina Iuntarum, et Pauli Guittii », confirmant les informations présentes dans vos exemplaires.
5. Guillaume Plancy et la transmission de l’œuvre
Un élément fondamental rapporté déjà dans le frontispice est la référence à Gulielmus Plantii Cenomani, c’est-à-dire Guillaume Plancy.
Fernel était mort en 1558, donc l’édition de 1586 fut naturellement réalisée posthumement. Plancy eut un rôle essentiel dans la révision, l’organisation et la transmission éditoriale des écrits du médecin français.
Le frontispice déclare en effet que l’œuvre avait été ultérieurement soumise, par l’étude et la diligence de Guillaume Plancy, à une nouvelle révision et enrichie d’annotations, notamment dans le septième livre de la Therapeutice.
Cet élément permet de comprendre un aspect fondamental de la culture livresque de la Renaissance : l’œuvre d’un grand auteur pouvait continuer à vivre et à évoluer grâce à des éditeurs, conservateurs et commentateurs même plusieurs décennies après la mort de l’auteur.
6. La signification scientifique de l’œuvre
La valeur d’Universa medicina ne réside pas seulement dans la quantité d’informations contenues, mais surtout dans la tentative de construire une vision globale de la médecine.
Fernel conçoit le médecin comme un savant qui doit connaître avant tout la nature et le fonctionnement du corps humain, comprendre les maladies et seulement ensuite procéder à leur traitement.
En ce sens, l’œuvre témoigne parfaitement de la nature particulière de la médecine renaissante : une discipline encore fortement fondée sur l’autorité des anciens, mais en même temps traversée par de nouvelles formes d’observation, de classification et de confrontation avec l’expérience.
La Pathologie, en particulier, est rappelée par les études modernes pour l’importance attribuée à la localisation des maladies et aux observations cliniques; Fernel s’intéressa également à l’anatomie et à la physiologie avec des observations considérées comme originales pour son temps.
7. Le contexte historique : Renaissance, cour française et médecine européenne
Ces œuvres doivent être situées au cœur de la Révolution culturelle de la Renaissance européenne.
Fernel opérait à une époque où l’Europe connaissait des transformations profondes : la diffusion de l’imprimerie avait radicalement modifié la circulation du savoir; la redécouverte des textes grecs et latins nourrissait l’humanisme; alors que l’anatomie, la botanique, la pharmacologie et la médecine clinique commençaient progressivement à se développer selon de nouvelles modalités.
C’est le même cadre intellectuel dans lequel œuvraient des figures comme Andreas Vesale, dont De humani corporis fabrica avait été publié à Bâle en 1543, et ensuite William Harvey, qui, au XVIIe siècle, révolutionnerait l’étude de la circulation sanguine.
Il est également intéressant de noter le lien chronologique entre Fernel et Harvey : les études historiques ont relevé que Harvey fut un lecteur attentif de Fernel et utilisa son œuvre dans ses travaux sur la génération des animaux.
Ainsi, l’Universa medicina appartient à cette longue phase de transition durant laquelle la médecine européenne passait progressivement de la tradition médico-philosophique antique à la science moderne.
8. La question de la lue venerea
Particulièrement intéressante est la section consacrée à la lue venerea.
La syphilis représentait l’un des grands problèmes sanitaires de l’Europe entre le XVIe et le XVIIe siècle. Son apparition sur le continent européen à la fin du Quattrocento avait suscité un vaste débat médical sur la nature de la maladie, son origine et surtout sur les possibilités thérapeutiques.
Le traité de Fernel s’insère donc dans une question de grande importance sociale et sanitaire de l’époque.
Son approche, bien entendu, appartient à la médecine du XVIe siècle et ne doit pas être interprétée selon les connaissances microbiologiques modernes. C’est précisément pourquoi le texte est extrêmement intéressant d’un point de vue historique : il permet d’observer comment un médecin éclairé de la Renaissance cherchait à comprendre et à soigner l’une des pathologies les plus énigmatiques de son temps.
9. L’impact et la fortune de l’œuvre
La fortune éditoriale de Fernel fut extrêmement grande.
L’Universa medicina ne resta pas une œuvre confinée au XVIe siècle : elle continua à être rééditée pendant plus d’un siècle. L’Académie nationale de médecine française enregistre 32 éditions, avec la dernière publiée à Genève en 1680.
Même au XVIIe siècle, lorsque de nouvelles théories médicales commencèrent progressivement à remettre en cause la médecine humorale et le système galénique traditionnel, l’œuvre de Fernel continua d’être lue, commentée et rééditée.
Ce fait est particulièrement significatif : il démontre que Fernel n’était pas seulement un auteur important en France au XVIe siècle, mais devint une référence internationale pour la culture médicale européenne.
10. Importance des deux exemplaires photographiés
Les deux photographies présentent donc un intérêt particulier car elles documentent visuellement deux noyaux complémentaires de la même grande construction éditoriale.
Le premier frontispice présente la synthèse générale de la médecine fernellienne :
Universa medicina
tandis que le second conduit vers une dimension plus clinique et thérapeutique :
Febrium ac luis venereae curatio methodica.
Leur présence conjointe permet donc de lire l’œuvre selon deux niveaux : d’une part la théorie générale du corps, de la maladie et de la thérapie ; d’autre part l’application de ces principes à la prise en charge concrète de pathologies spécifiques.
Même du point de vue matériel, les photographies présentent des éléments intéressants : la grande marque typographique avec le lys, la composition typographique en caractères romains et italiques, les dimensions vastes du volume et, dans le premier exemplaire, de nombreuses annotations manuscrites anciennes, témoignage de la lecture et de l’utilisation historique du livre.
Conclusion
L’Universa medicina de Jean Fernel représente l’une des attestations les plus significatives de la médecine érudite de la Renaissance européenne. Publiée initialement à la moitié du Cinquecento et ensuite agrandie, corrigée et commentée, elle cherchait à ramener la physiologie, la pathologie et la thérapie dans un système médical unifié.
L’édition lyonnaise de 1586, sortie de l’Officina dei Giunti e di Paul Guittius, appartient à la phase de pleine maturité de la fortune éditoriale de l’auteur. La présence du travail de Guillaume Plancy témoigne en outre de l’œuvre complexe de conservation et de transmission des écrits de Fernel après sa mort.
Le lien avec Henri II de France, avec la tradition de Galien, avec la médecine anatomique de Vesale et, successivement, avec les études de William Harvey, situe ces volumes au sein de l’un des moments les plus importants de l’histoire de la science européenne : le passage de la médecine héritée de l’Antiquité à la formation progressive de la médecine moderne.
Collation et état de conservation :
Universa Medicina : 62pp; (657pp)
Curatio Methodica: 2pp:63pp dernière page blanche entièrement postillée d’un texte manuscrit cinquecentiste. À signaler des galeries de termites en marges, légère ferrure et imperfections mais dans l’ensemble exemplaire rarissime et magnifique.
Expédition
expresse en 24h ouvrables dans toute l’Europe, pour les pays hors UE 48 h ouvrables
JEAN FERNEL
Universa medicina e Febrium ac luis venereae curatio methodica
Lyon, 1586 — Officina dei Giunti e Paul Guittius
1. L’auteur : Jean Fernel
Jean Fernel (1497–1558), indiqué en frontispices comme Ioannes Fernelii Ambiani, fut l’une des personnalités les plus autorisées de la médecine européenne de la Renaissance. Né à Montdidier et formé à Paris, Fernel nourrissait initialement des intérêts mathématiques, astronomiques et philosophiques, pour se consacrer ensuite à la médecine. En 1530 il obtint le doctorat et en 1556 il devint médecin personnel d’Henri II de France, entrant ainsi directement dans l’entourage de la cour française.
Sa figure est particulièrement significative parce qu’elle appartient à cette génération d’érudits qui cherchèrent à réorganiser le savoir médical de l’Antiquité à la lumière de l’expérience et de l’observation clinique renaissances.
Fernel resta profondément lié à la tradition d’Hippocrate et de Galien, mais ne se limita pas à répéter passivement leurs enseignements. Son œuvre constitue en effet une systématisation large et organique de la médecine du XVIe siècle. L’historiographie le considère comme l’un des représentants les plus importants du fameux galénisme renaissant.
2. La première œuvre : Universa medicina
La première jaquette figurant sur les photographies porte le titre :
IOANNIS FERNELII AMBIANI, Universa Medicina, tribus et viginti libris absoluta.
L’œuvre réunit sous forme systématique les principales branches de la médecine selon la pensée de Fernel. Le texte comprenait à l’origine les grandes sections dédiées à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique, organisant le savoir médical en une structure globale et cohérente.
Il est particulièrement important que Fernel ait contribué à donner à la médecine une structure conceptuelle où l’étude du corps sain, celle des maladies et celle des méthodes thérapeutiques étaient considérées comme des parties d’un même système.
La Physiologie étudie le fonctionnement de l’organisme; la Pathologie aborde les maladies et leurs causes; la Therapeutice se concentre quant à elle sur les moyens par lesquels le médecin peut intervenir.
Cette conception représentait une tentative significative de transformer la médecine en une discipline ordonnée selon des principes généraux, plutôt que comme une simple collection de recettes et d’observations.
L’Académie nationale de médecine française souligne également que Fernel contribua à diffuser les termes « physiologie » et « pathologie » dans leur sens médical systématique.
3. La seconde œuvre : Febrium ac luis venereae curatio methodica
La seconde photographie montre un autre frontispice, lui aussi daté Lugduni, 1586, sous le titre :
Ioannis Fernelii Ambiani Febrium ac luis venereae curatio methodica libris duobus comprehensa.
Cette partie est consacrée à deux problèmes importants de la médecine de l’époque : les fièvres et la lue venerea, c’est-à-dire la syphilis.
Le texte représente donc un approfondissement essentiellement clinique et thérapeutique. Il ne s’agit pas simplement d’une répétition d’Universa medicina, mais d’une section spécifique dans laquelle sont abordées méthodiquement les modalités de traitement de certaines des maladies les plus difficiles et répandues de l’Europe moderne.
Le texte relatif aux fièvres avait déjà circulé sous forme autonome : une version plus large de la Febrium curandarum methodus generalis avait été publiée en 1577, tandis que le traité sur la lue venerea avait reçu sa propre publication en 1579. Par la suite, ces textes furent réunis dans les éditions de l’œuvre globale de Fernel.
La présence de ce second frontispice est donc bibliographiquement significative : elle montre comment l’édition de 1586 avait été conçue comme une grande collection organique des écrits médicaux de Fernel, comprenant aussi des traités spécialisés.
4. L’imprimeur : i Giunti et Paul Guittius
Le colophon typographique des photographies indique :
Lugduni, ex officina Iuntarum, et Pauli Guittii, M.D.LXXXVI
c’est-à-dire Lyon, par la typographie des Giunti et de Paul Guittius, 1586.
La présence des Giunti est particulièrement importante dans l’histoire de l’imprimerie européenne. La famille Giunta avait développé l’une des plus importantes entreprises typographiques et libraires de l’Europe moderne, avec des activités à Venise, Florence et Lyon.
Lyon, au XVIe siècle, était aussi l’un des principaux centres européens de production et de circulation du livre, notamment pour les œuvres scientifiques, médicales et humanistes. L’édition de 1586 s’inscrit donc dans un environnement éditorial international de premier plan.
Le catalogue de la Bibliothèque Braidense enregistre pour l’édition de 1586 la formule typographique « Lugduni : ex officina Iuntarum, et Pauli Guittii », confirmant les informations présentes dans vos exemplaires.
5. Guillaume Plancy et la transmission de l’œuvre
Un élément fondamental rapporté déjà dans le frontispice est la référence à Gulielmus Plantii Cenomani, c’est-à-dire Guillaume Plancy.
Fernel était mort en 1558, donc l’édition de 1586 fut naturellement réalisée posthumement. Plancy eut un rôle essentiel dans la révision, l’organisation et la transmission éditoriale des écrits du médecin français.
Le frontispice déclare en effet que l’œuvre avait été ultérieurement soumise, par l’étude et la diligence de Guillaume Plancy, à une nouvelle révision et enrichie d’annotations, notamment dans le septième livre de la Therapeutice.
Cet élément permet de comprendre un aspect fondamental de la culture livresque de la Renaissance : l’œuvre d’un grand auteur pouvait continuer à vivre et à évoluer grâce à des éditeurs, conservateurs et commentateurs même plusieurs décennies après la mort de l’auteur.
6. La signification scientifique de l’œuvre
La valeur d’Universa medicina ne réside pas seulement dans la quantité d’informations contenues, mais surtout dans la tentative de construire une vision globale de la médecine.
Fernel conçoit le médecin comme un savant qui doit connaître avant tout la nature et le fonctionnement du corps humain, comprendre les maladies et seulement ensuite procéder à leur traitement.
En ce sens, l’œuvre témoigne parfaitement de la nature particulière de la médecine renaissante : une discipline encore fortement fondée sur l’autorité des anciens, mais en même temps traversée par de nouvelles formes d’observation, de classification et de confrontation avec l’expérience.
La Pathologie, en particulier, est rappelée par les études modernes pour l’importance attribuée à la localisation des maladies et aux observations cliniques; Fernel s’intéressa également à l’anatomie et à la physiologie avec des observations considérées comme originales pour son temps.
7. Le contexte historique : Renaissance, cour française et médecine européenne
Ces œuvres doivent être situées au cœur de la Révolution culturelle de la Renaissance européenne.
Fernel opérait à une époque où l’Europe connaissait des transformations profondes : la diffusion de l’imprimerie avait radicalement modifié la circulation du savoir; la redécouverte des textes grecs et latins nourrissait l’humanisme; alors que l’anatomie, la botanique, la pharmacologie et la médecine clinique commençaient progressivement à se développer selon de nouvelles modalités.
C’est le même cadre intellectuel dans lequel œuvraient des figures comme Andreas Vesale, dont De humani corporis fabrica avait été publié à Bâle en 1543, et ensuite William Harvey, qui, au XVIIe siècle, révolutionnerait l’étude de la circulation sanguine.
Il est également intéressant de noter le lien chronologique entre Fernel et Harvey : les études historiques ont relevé que Harvey fut un lecteur attentif de Fernel et utilisa son œuvre dans ses travaux sur la génération des animaux.
Ainsi, l’Universa medicina appartient à cette longue phase de transition durant laquelle la médecine européenne passait progressivement de la tradition médico-philosophique antique à la science moderne.
8. La question de la lue venerea
Particulièrement intéressante est la section consacrée à la lue venerea.
La syphilis représentait l’un des grands problèmes sanitaires de l’Europe entre le XVIe et le XVIIe siècle. Son apparition sur le continent européen à la fin du Quattrocento avait suscité un vaste débat médical sur la nature de la maladie, son origine et surtout sur les possibilités thérapeutiques.
Le traité de Fernel s’insère donc dans une question de grande importance sociale et sanitaire de l’époque.
Son approche, bien entendu, appartient à la médecine du XVIe siècle et ne doit pas être interprétée selon les connaissances microbiologiques modernes. C’est précisément pourquoi le texte est extrêmement intéressant d’un point de vue historique : il permet d’observer comment un médecin éclairé de la Renaissance cherchait à comprendre et à soigner l’une des pathologies les plus énigmatiques de son temps.
9. L’impact et la fortune de l’œuvre
La fortune éditoriale de Fernel fut extrêmement grande.
L’Universa medicina ne resta pas une œuvre confinée au XVIe siècle : elle continua à être rééditée pendant plus d’un siècle. L’Académie nationale de médecine française enregistre 32 éditions, avec la dernière publiée à Genève en 1680.
Même au XVIIe siècle, lorsque de nouvelles théories médicales commencèrent progressivement à remettre en cause la médecine humorale et le système galénique traditionnel, l’œuvre de Fernel continua d’être lue, commentée et rééditée.
Ce fait est particulièrement significatif : il démontre que Fernel n’était pas seulement un auteur important en France au XVIe siècle, mais devint une référence internationale pour la culture médicale européenne.
10. Importance des deux exemplaires photographiés
Les deux photographies présentent donc un intérêt particulier car elles documentent visuellement deux noyaux complémentaires de la même grande construction éditoriale.
Le premier frontispice présente la synthèse générale de la médecine fernellienne :
Universa medicina
tandis que le second conduit vers une dimension plus clinique et thérapeutique :
Febrium ac luis venereae curatio methodica.
Leur présence conjointe permet donc de lire l’œuvre selon deux niveaux : d’une part la théorie générale du corps, de la maladie et de la thérapie ; d’autre part l’application de ces principes à la prise en charge concrète de pathologies spécifiques.
Même du point de vue matériel, les photographies présentent des éléments intéressants : la grande marque typographique avec le lys, la composition typographique en caractères romains et italiques, les dimensions vastes du volume et, dans le premier exemplaire, de nombreuses annotations manuscrites anciennes, témoignage de la lecture et de l’utilisation historique du livre.
Conclusion
L’Universa medicina de Jean Fernel représente l’une des attestations les plus significatives de la médecine érudite de la Renaissance européenne. Publiée initialement à la moitié du Cinquecento et ensuite agrandie, corrigée et commentée, elle cherchait à ramener la physiologie, la pathologie et la thérapie dans un système médical unifié.
L’édition lyonnaise de 1586, sortie de l’Officina dei Giunti e di Paul Guittius, appartient à la phase de pleine maturité de la fortune éditoriale de l’auteur. La présence du travail de Guillaume Plancy témoigne en outre de l’œuvre complexe de conservation et de transmission des écrits de Fernel après sa mort.
Le lien avec Henri II de France, avec la tradition de Galien, avec la médecine anatomique de Vesale et, successivement, avec les études de William Harvey, situe ces volumes au sein de l’un des moments les plus importants de l’histoire de la science européenne : le passage de la médecine héritée de l’Antiquité à la formation progressive de la médecine moderne.
Collation et état de conservation :
Universa Medicina : 62pp; (657pp)
Curatio Methodica: 2pp:63pp dernière page blanche entièrement postillée d’un texte manuscrit cinquecentiste. À signaler des galeries de termites en marges, légère ferrure et imperfections mais dans l’ensemble exemplaire rarissime et magnifique.
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