Euclide & Tartaglia - Scientie Mathematice - 1585

13
jours
05
heures
08
minutes
46
secondes
Offre de départ
€ 1
Prix de réserve non atteint
Volker Riepenhausen
Expert
Sélectionné par Volker Riepenhausen

Spécialiste de la littérature de voyage et des rares imprimés avant 1600, 28 ans d'expérience.

Estimation  € 750 - € 1 500
Pas d'offre placée

Protection des acheteurs Catawiki

Votre paiement est en sécurité chez nous jusqu’à la réception de votre objet.Voir les informations

Trustpilot 4.4 | 143806 d’avis

Noté Excellent sur Trustpilot.

Scientie Mathematice, par Euclide et Tartaglia, première édition italienne de 1585, reliure en parchemin, 315 pages, en italien, bon état.

Résumé assisté par IA

Description fournie par le vendeur

Euclide Megarense, 1585

La géométrie comme fondement de la raison, de la connaissance et de la cité

Présentation historique et scientifique d’une édition vénitienne des Éléments d’Euclide, dirigée par Niccolò Tartaglia et imprimée par les héritiers de Troiano Navò.

1. Introduction : un livre qui traverse les siècles

l’œuvre que nous avons aujourd’hui le privilège d’admirer n’est pas seulement un volume ancien imprimé. C’est un témoignage tangible de l’un des parcours les plus extraordinaires de l’histoire intellectuelle européenne : la transmission du savoir mathématique de l’Antiquité classique à la Renaissance, à travers le travail des savants, la culture humaniste et la révolution de l’imprimerie.

La page de titre porte un titre éloquent : Euclide Megarense, acutissimus philosopho, solo introduttore delle scientie mathematice. Suivent les indications relatives au travail de Niccolò Tartaglia, à la révision du texte et à l’exposition destinée à en faciliter la compréhension.

L’exemplaire ici présenté appartient à l’édition vénitienne de 1585, imprimée par les héritiers de Troiano Navò, dans la librairie dite « dal Leoni ».

Son importance réside autant dans son contenu que dans l’histoire matérielle qu’il conserve : le papier, les caractères typographiques, les incisions géométriques et les signes du temps nous restitue le monde d’une culture qui considérait la connaissance comme une conquête à préserver et transmettre.

Chaque page représente ainsi un point de rencontre entre l’antiquité grecque, l’ingéniosité de la Renaissance et la nascente modernité scientifique.

2. Euclide : le maître de la géométrie rationnelle

Pour comprendre la valeur de cette œuvre, il faut remonter à Euclide d’Alexandrie, mathématicien actif vers 300 av. J.-C., à l’époque hellénistique.

Il convient de préciser que le titre de l’édition utilise la dénomination « Euclide Megarense », une attribution historique aujourd’hui reconnue comme erronée : le mathématicien des Éléments est distinct du philosophe Euclide de Méga.

La tradition attribue à Euclide l’organisation des Éléments, l’un des traités mathématiques les plus influents jamais composés. Son mérite fondamental consiste à avoir organisé un vaste héritage de connaissances dans un système ordonné, dans lequel définitions, postulats, propositions et démonstrations concourent à la construction d’un savoir rigoureux.

La géométrie euclidienne ne se limite pas à décrire formes et mesures. Elle enseigne à procéder du connu vers l’inconnu, à distinguer ce qui peut être démontré de ce qui est simplement affirmé et à fonder les conclusions sur des passages logiquement vérifiables.

C’est là son legs le plus profond : l’idée que la raison humaine puisse atteindre des résultats solides à travers une méthode disciplinée, universelle et partageable.

Des propriétés du triangle à la théorie des proportions, des figures planes à la géométrie des solides, les Éléments ont constitué pendant des siècles une colonne vertébrale de l’enseignement mathématique.

3. Niccolò Tartaglia : le mathématicien qui a rendu le savoir accessible

À côté d’Euclide se dessine la figure de Niccolò Tartaglia, né à Brescia vers 1499 et mort à Venise en 1557.

Mathématicien d’une extraordinaire intrépidité, Tartaglia vécut à une époque où la récupération des connaissances anciennes s’accompagnait de la nécessité de les rendre utiles à la société contemporaine.

Son travail sur les Éléments n’a pas été une simple opération de transcription. En 1543, il publia la première version imprimée en langue italienne moderne de l’œuvre euclidienne, l’accompagnant d’un large commentaire. Pour la réaliser il s’est confronté à des traditions textuelles latines antérieures, contribuant à rendre le texte plus accessible aux lecteurs qui ne possédaient pas une formation spécialisée en latin ou en grec.

L’édition de 1585 appartient à l’histoire éditoriale de cette entreprise : sa même titulature rappelle le travail de révision, la restitution de l’intégrité du texte et l’ajout d’explications destinées à faciliter son apprentissage.

Tartaglia a compris que la diffusion de la science exigeait non seulement des esprits capables de découvrir, mais aussi des savants disposés à traduire, ordonner, expliquer et enseigner.

Son œuvre se situe donc à une étape décisive de la culture européenne : celle où le savoir mathématique commence à circuler avec une plus grande ampleur au-delà des frontières des universités et des milieux érudits.

4. L’imprimeur et Venise au Cinquecento

La page de titre indique Venise et les héritiers de Troiano Navò comme références éditoriales de l’exemplaire.

Au XVIe siècle, Venise était l’un des principaux centres européens de l’imprimerie et du commerce libraire. Sa position géographique, sa vitalité économique et la présence de typographes, libraires et savants facilitaient la circulation d’ouvrages provenant de traditions culturelles variées.

L’imprimerie représentait une transformation fondamentale : elle permettait de reproduire un texte en de nombreux exemplaires, de le diffuser dans des lieux lointains et de favoriser une plus grande stabilité dans la transmission des connaissances.

Dans le cas d’un traité mathématique, le défi était particulièrement ardu. Il ne suffisait pas de composer correctement les mots : il fallait préserver la correspondance entre explications, lettres de référence, figures géométriques et démonstrations.

Les gravures présentes dans le volume n’exercent donc pas une fonction décorative. Elles font partie intégrante du raisonnement mathématique. Une figure permet au lecteur de visualiser des relations que le texte décrit verbalement, tandis que les lettres associées aux points et aux lignes permettent de suivre les différentes étapes de la démonstration.

L’activité de l’imprimeur et de l’éditeur devient, dans ce contexte, partie intégrante de l’histoire de la science. Grâce à la collaboration entre auteur, commentateur, typographe et libraire, un savoir né dans l’Antiquité pouvait continuer à vivre entre les mains de nouvelles générations.

5. La signification et le contenu de l’œuvre

Le cœur des Éléments est une méthode : partir de principes explicitement déclarés et construire, par des démonstrations, un réseau cohérent de résultats.

Les livres qui composent la tradition euclidienne abordent des thèmes tels que la géométrie plane, les triangles, les polygones, les proportion, les grandeurs incommensurables, la théorie des nombres et la géométrie solide.

L’édition de Tartaglia transmet cette structure à travers un langage italien historique, un appareil explicatif et de nombreuses figures.

La valeur de l’œuvre ne consiste donc pas seulement à conserver des formules ou des propriétés géométriques. Elle témoigne d’une façon de penser.

Face à une proposition géométrique, le lecteur est invité à ne pas se fier à l’intuition immédiate, mais à suivre un parcours : identifier les hypothèses, observer les relations, appliquer des principes généraux et vérifier la conclusion.

En ce sens, la géométrie devient une discipline de l’esprit. Elle enseigne la précision, la cohérence, la patience et la capacité à reconnaître les erreurs.

Il est significatif qu’une telle approche ait conservé son influence pendant plus de deux mille ans. L’histoire des sciences est riche en théories dépassées et en modèles remplacés ; les Éléments, au contraire, ont conservé un rôle fondamental dans l’histoire de la démonstration mathématique et de l’éducation scientifique.

6. Renaissance, art et architecture : la mesure du monde

La signification historique de l’œuvre émerge avec une clarté particulière si l’on la situe dans le cadre de la Renaissance italienne.

Entre Quattrocento et Cinquecento, artistes, architectes et savants cherchèrent des instruments rationnels pour comprendre l’espace, représenter la réalité et concevoir des constructions harmonieuses.

La perspective linéaire, développée dans la culture artistique italienne et associée de manière éminente à Filippo Brunelleschi et Leon Battista Alberti, transforma profondément la manière de représenter l’espace. Les principes géométriques contribuèrent à la compréhension des proportions, des lignes qui convergent et des relations entre les objets.

Alberti, dans son traité De pictura, composé au Quattrocento, aborda des questions fondamentales pour la construction de la perspective. Sa réflexion démontre combien étroitement la culture artistique et celle des mathématiques étaient liées.

Il serait inexact d’attribuer chaque développement de la perspective directement à Euclide ou à Tartaglia. Il est toutefois légitime de reconnaître dans la tradition géométrique l’un des fondements théoriques qui rendaient possible une compréhension plus rigoureuse de l’espace.

La même logique vaut pour l’architecture. Mesurer, tracer, calculer les rapports et vérifier les proportions signifient transformer une intuition conceptuelle en une structure contrôlable.

Dans cette rencontre entre raison et beauté se manifeste l’un des idéaux les plus élevés de la Renaissance : la conviction que la compréhension des lois de la nature puisse contribuer autant à la connaissance qu’à la création artistique.

7. Des mathématiques d’Euclide à la révolution scientifique

Le fil qui unit Euclide à la modernité conduit aussi à Galilée, né en 1564, environ vingt ans après la première édition italienne des Éléments dirigée par Tartaglia.

Galilée n’a pas été simplement un continuateur d’Euclide : il introduisit une nouvelle manière d’étudier la nature, dans laquelle l’observation, l’expérimentation et la formulation mathématique acquéraient un rôle décisif.

Cependant, sa recherche partage avec la tradition euclidienne un principe essentiel : les affirmations scientifiques doivent être soumises à un contrôle rationnel, et les phénomènes peuvent être investigués à travers des relations quantitatives.

Dans la mécanique galiléenne, les mathématiques ne constituent pas un langage accessoire, mais un outil pour formuler des lois et décrire le mouvement.

Le contraste avec Euclide éclaire ainsi une transformation historique : la géométrie, née comme discipline déductive, devient l’un des instruments fondamentaux par lesquels la science moderne étudie le monde physique.

Un autre lien significatif concerne la figure de Léonard de Vinci, vécu entre Quattrocento et Cinquecento. Ses études d’anatomie, de proportion, de mécanique et de représentation de l’espace montrent à quel point la rencontre entre observation empirique et raisonnement géométrique était féconde.

Il n’est pas nécessaire d’affirmer que Léonard ou Galilée dépendaient de cette édition spécifique de 1585. Le point historique est plus large : l’œuvre d’Euclide appartient à la tradition mathématique qui contribua à former le langage intellectuel de la Renaissance et de la révolution scientifique.

8. L’impact historique : la connaissance comme patrimoine partagé

La fortune des Éléments ne se mesure pas seulement au nombre d’éditions, mais à la durée et à l’ampleur de leur influence.

Pendant des siècles, l’œuvre a été employée dans l’enseignement, l’étude des proportions, la construction de démonstrations et la formation de générations de mathématiciens.

La version italienne de Tartaglia eut une signification particulière car elle contribua à la circulation du savoir géométrique dans une langue accessible à un public plus large que celui des seuls lecteurs du latin.

Les rééditions suivantes témoignent de la persistance de l’intérêt pour le texte et pour le projet de vulgarisation du mathématicien bénitegne.

Le volume de 1585 appartient donc à une époque où l’imprimerie rendait possible un dialogue entre des époques lointaines. Un auteur de la Grèce antique pouvait être étudié par un lecteur de la Renaissance à travers le travail d’un mathématicien italien, grâce à l’œuvre d’une typographie vénitienne.

C’est une chaîne de transmission culturelle de grande importance : aucune génération ne recommence à zéro ; chacun reçoit, interprète et transmet ce qu’il a hérité.

9. La valeur de l’exemplaire historique

Contempler aujourd’hui ce volume, c’est rencontrer deux formes de témoignage.

La première est intellectuelle : le contenu mathématique, les démonstrations et les figures conservent la mémoire d’une discipline qui a contribué à la formation de la science européenne.

La seconde est matérielle : le papier ancien, la typographie, les traces du temps et les caractéristiques de l’exemplaire documentent l’histoire concrète de la production et de la conservation du livre.

Une œuvre ancienne n’est pas seulement le contenant d’un texte. C’est aussi un objet historique, passé entre les mains, les bibliothèques et les contextes culturels qui ont pu en modifier le parcours.

Pour cette raison, son évaluation demande une attention à l’origine, à l’intégrité, à l’état de conservation, à la reliure et à l’identification précise de l’édition.

Dans le cas qui nous occupe, la page de titre permet de reconnaître l’édition vénitienne de 1585. Des affirmations supplémentaires sur l’origine de l’exemplaire, sur sa rareté ou sur sa valeur économique nécessiteraient en revanche une vérification bibliographique et antiquaire dédiée.

La prudence, loin de diminuer le prestige d’un document, fait partie intégrante du respect que nous lui devons.

10. Conclusion : la permanence de la raison

Mesdames et Messieurs,

ce volume nous invite à réfléchir sur l’extraordinaire continuité de la connaissance humaine.

Euclide représente la recherche d’un ordre rationnel ; Tartaglia incarne l’engagement de transmettre ce savoir à de nouveaux lecteurs ; l’imprimerie vénitienne témoigne de la force d’une technologie capable d’élargir la circulation des idées.

Du passage de l’Antiquité à la Renaissance, de la géométrie classique à la science moderne, les Éléments ont traversé des siècles de transformations politiques, culturelles et scientifiques sans perdre leur importance historique.

Les pages que nous avons devant nous ne sont pas seulement un fragment du passé. Elles constituent la preuve matérielle que les idées peuvent survivre à leurs auteurs, traverser les langues et les frontières, inspirer de nouvelles questions et continuer à parler à ceux qui veulent les écouter.

À une époque dominée par la vitesse et par la production continue d’informations, ce livre ancien rappelle la valeur de la précision, de la démonstration et de l’étude patiente.

Sa leçon la plus haute est peut-être précisément celle-ci : le progrès ne naît pas seulement de la découverte du nouveau, mais aussi de la capacité de garder, comprendre et renouveler le patrimoine reçu.

Conserver une œuvre comme celle-ci signifie garder non seulement un livre, mais une part de l’histoire de la raison humaine.

Et c’est dans cette union de savoir, mémoire et beauté que réside son véritable sens

Collation et état de préservation : 3pp; (315pp) état de préservation excellent à signaler gore et floritures mais dans l’ensemble œuvre rare et magnifique

Expédition : express en seulement 24h ouvrables en Europe, pour les pays hors UE il sera nécessaire 48h ouvrables

Euclide Megarense, 1585

La géométrie comme fondement de la raison, de la connaissance et de la cité

Présentation historique et scientifique d’une édition vénitienne des Éléments d’Euclide, dirigée par Niccolò Tartaglia et imprimée par les héritiers de Troiano Navò.

1. Introduction : un livre qui traverse les siècles

l’œuvre que nous avons aujourd’hui le privilège d’admirer n’est pas seulement un volume ancien imprimé. C’est un témoignage tangible de l’un des parcours les plus extraordinaires de l’histoire intellectuelle européenne : la transmission du savoir mathématique de l’Antiquité classique à la Renaissance, à travers le travail des savants, la culture humaniste et la révolution de l’imprimerie.

La page de titre porte un titre éloquent : Euclide Megarense, acutissimus philosopho, solo introduttore delle scientie mathematice. Suivent les indications relatives au travail de Niccolò Tartaglia, à la révision du texte et à l’exposition destinée à en faciliter la compréhension.

L’exemplaire ici présenté appartient à l’édition vénitienne de 1585, imprimée par les héritiers de Troiano Navò, dans la librairie dite « dal Leoni ».

Son importance réside autant dans son contenu que dans l’histoire matérielle qu’il conserve : le papier, les caractères typographiques, les incisions géométriques et les signes du temps nous restitue le monde d’une culture qui considérait la connaissance comme une conquête à préserver et transmettre.

Chaque page représente ainsi un point de rencontre entre l’antiquité grecque, l’ingéniosité de la Renaissance et la nascente modernité scientifique.

2. Euclide : le maître de la géométrie rationnelle

Pour comprendre la valeur de cette œuvre, il faut remonter à Euclide d’Alexandrie, mathématicien actif vers 300 av. J.-C., à l’époque hellénistique.

Il convient de préciser que le titre de l’édition utilise la dénomination « Euclide Megarense », une attribution historique aujourd’hui reconnue comme erronée : le mathématicien des Éléments est distinct du philosophe Euclide de Méga.

La tradition attribue à Euclide l’organisation des Éléments, l’un des traités mathématiques les plus influents jamais composés. Son mérite fondamental consiste à avoir organisé un vaste héritage de connaissances dans un système ordonné, dans lequel définitions, postulats, propositions et démonstrations concourent à la construction d’un savoir rigoureux.

La géométrie euclidienne ne se limite pas à décrire formes et mesures. Elle enseigne à procéder du connu vers l’inconnu, à distinguer ce qui peut être démontré de ce qui est simplement affirmé et à fonder les conclusions sur des passages logiquement vérifiables.

C’est là son legs le plus profond : l’idée que la raison humaine puisse atteindre des résultats solides à travers une méthode disciplinée, universelle et partageable.

Des propriétés du triangle à la théorie des proportions, des figures planes à la géométrie des solides, les Éléments ont constitué pendant des siècles une colonne vertébrale de l’enseignement mathématique.

3. Niccolò Tartaglia : le mathématicien qui a rendu le savoir accessible

À côté d’Euclide se dessine la figure de Niccolò Tartaglia, né à Brescia vers 1499 et mort à Venise en 1557.

Mathématicien d’une extraordinaire intrépidité, Tartaglia vécut à une époque où la récupération des connaissances anciennes s’accompagnait de la nécessité de les rendre utiles à la société contemporaine.

Son travail sur les Éléments n’a pas été une simple opération de transcription. En 1543, il publia la première version imprimée en langue italienne moderne de l’œuvre euclidienne, l’accompagnant d’un large commentaire. Pour la réaliser il s’est confronté à des traditions textuelles latines antérieures, contribuant à rendre le texte plus accessible aux lecteurs qui ne possédaient pas une formation spécialisée en latin ou en grec.

L’édition de 1585 appartient à l’histoire éditoriale de cette entreprise : sa même titulature rappelle le travail de révision, la restitution de l’intégrité du texte et l’ajout d’explications destinées à faciliter son apprentissage.

Tartaglia a compris que la diffusion de la science exigeait non seulement des esprits capables de découvrir, mais aussi des savants disposés à traduire, ordonner, expliquer et enseigner.

Son œuvre se situe donc à une étape décisive de la culture européenne : celle où le savoir mathématique commence à circuler avec une plus grande ampleur au-delà des frontières des universités et des milieux érudits.

4. L’imprimeur et Venise au Cinquecento

La page de titre indique Venise et les héritiers de Troiano Navò comme références éditoriales de l’exemplaire.

Au XVIe siècle, Venise était l’un des principaux centres européens de l’imprimerie et du commerce libraire. Sa position géographique, sa vitalité économique et la présence de typographes, libraires et savants facilitaient la circulation d’ouvrages provenant de traditions culturelles variées.

L’imprimerie représentait une transformation fondamentale : elle permettait de reproduire un texte en de nombreux exemplaires, de le diffuser dans des lieux lointains et de favoriser une plus grande stabilité dans la transmission des connaissances.

Dans le cas d’un traité mathématique, le défi était particulièrement ardu. Il ne suffisait pas de composer correctement les mots : il fallait préserver la correspondance entre explications, lettres de référence, figures géométriques et démonstrations.

Les gravures présentes dans le volume n’exercent donc pas une fonction décorative. Elles font partie intégrante du raisonnement mathématique. Une figure permet au lecteur de visualiser des relations que le texte décrit verbalement, tandis que les lettres associées aux points et aux lignes permettent de suivre les différentes étapes de la démonstration.

L’activité de l’imprimeur et de l’éditeur devient, dans ce contexte, partie intégrante de l’histoire de la science. Grâce à la collaboration entre auteur, commentateur, typographe et libraire, un savoir né dans l’Antiquité pouvait continuer à vivre entre les mains de nouvelles générations.

5. La signification et le contenu de l’œuvre

Le cœur des Éléments est une méthode : partir de principes explicitement déclarés et construire, par des démonstrations, un réseau cohérent de résultats.

Les livres qui composent la tradition euclidienne abordent des thèmes tels que la géométrie plane, les triangles, les polygones, les proportion, les grandeurs incommensurables, la théorie des nombres et la géométrie solide.

L’édition de Tartaglia transmet cette structure à travers un langage italien historique, un appareil explicatif et de nombreuses figures.

La valeur de l’œuvre ne consiste donc pas seulement à conserver des formules ou des propriétés géométriques. Elle témoigne d’une façon de penser.

Face à une proposition géométrique, le lecteur est invité à ne pas se fier à l’intuition immédiate, mais à suivre un parcours : identifier les hypothèses, observer les relations, appliquer des principes généraux et vérifier la conclusion.

En ce sens, la géométrie devient une discipline de l’esprit. Elle enseigne la précision, la cohérence, la patience et la capacité à reconnaître les erreurs.

Il est significatif qu’une telle approche ait conservé son influence pendant plus de deux mille ans. L’histoire des sciences est riche en théories dépassées et en modèles remplacés ; les Éléments, au contraire, ont conservé un rôle fondamental dans l’histoire de la démonstration mathématique et de l’éducation scientifique.

6. Renaissance, art et architecture : la mesure du monde

La signification historique de l’œuvre émerge avec une clarté particulière si l’on la situe dans le cadre de la Renaissance italienne.

Entre Quattrocento et Cinquecento, artistes, architectes et savants cherchèrent des instruments rationnels pour comprendre l’espace, représenter la réalité et concevoir des constructions harmonieuses.

La perspective linéaire, développée dans la culture artistique italienne et associée de manière éminente à Filippo Brunelleschi et Leon Battista Alberti, transforma profondément la manière de représenter l’espace. Les principes géométriques contribuèrent à la compréhension des proportions, des lignes qui convergent et des relations entre les objets.

Alberti, dans son traité De pictura, composé au Quattrocento, aborda des questions fondamentales pour la construction de la perspective. Sa réflexion démontre combien étroitement la culture artistique et celle des mathématiques étaient liées.

Il serait inexact d’attribuer chaque développement de la perspective directement à Euclide ou à Tartaglia. Il est toutefois légitime de reconnaître dans la tradition géométrique l’un des fondements théoriques qui rendaient possible une compréhension plus rigoureuse de l’espace.

La même logique vaut pour l’architecture. Mesurer, tracer, calculer les rapports et vérifier les proportions signifient transformer une intuition conceptuelle en une structure contrôlable.

Dans cette rencontre entre raison et beauté se manifeste l’un des idéaux les plus élevés de la Renaissance : la conviction que la compréhension des lois de la nature puisse contribuer autant à la connaissance qu’à la création artistique.

7. Des mathématiques d’Euclide à la révolution scientifique

Le fil qui unit Euclide à la modernité conduit aussi à Galilée, né en 1564, environ vingt ans après la première édition italienne des Éléments dirigée par Tartaglia.

Galilée n’a pas été simplement un continuateur d’Euclide : il introduisit une nouvelle manière d’étudier la nature, dans laquelle l’observation, l’expérimentation et la formulation mathématique acquéraient un rôle décisif.

Cependant, sa recherche partage avec la tradition euclidienne un principe essentiel : les affirmations scientifiques doivent être soumises à un contrôle rationnel, et les phénomènes peuvent être investigués à travers des relations quantitatives.

Dans la mécanique galiléenne, les mathématiques ne constituent pas un langage accessoire, mais un outil pour formuler des lois et décrire le mouvement.

Le contraste avec Euclide éclaire ainsi une transformation historique : la géométrie, née comme discipline déductive, devient l’un des instruments fondamentaux par lesquels la science moderne étudie le monde physique.

Un autre lien significatif concerne la figure de Léonard de Vinci, vécu entre Quattrocento et Cinquecento. Ses études d’anatomie, de proportion, de mécanique et de représentation de l’espace montrent à quel point la rencontre entre observation empirique et raisonnement géométrique était féconde.

Il n’est pas nécessaire d’affirmer que Léonard ou Galilée dépendaient de cette édition spécifique de 1585. Le point historique est plus large : l’œuvre d’Euclide appartient à la tradition mathématique qui contribua à former le langage intellectuel de la Renaissance et de la révolution scientifique.

8. L’impact historique : la connaissance comme patrimoine partagé

La fortune des Éléments ne se mesure pas seulement au nombre d’éditions, mais à la durée et à l’ampleur de leur influence.

Pendant des siècles, l’œuvre a été employée dans l’enseignement, l’étude des proportions, la construction de démonstrations et la formation de générations de mathématiciens.

La version italienne de Tartaglia eut une signification particulière car elle contribua à la circulation du savoir géométrique dans une langue accessible à un public plus large que celui des seuls lecteurs du latin.

Les rééditions suivantes témoignent de la persistance de l’intérêt pour le texte et pour le projet de vulgarisation du mathématicien bénitegne.

Le volume de 1585 appartient donc à une époque où l’imprimerie rendait possible un dialogue entre des époques lointaines. Un auteur de la Grèce antique pouvait être étudié par un lecteur de la Renaissance à travers le travail d’un mathématicien italien, grâce à l’œuvre d’une typographie vénitienne.

C’est une chaîne de transmission culturelle de grande importance : aucune génération ne recommence à zéro ; chacun reçoit, interprète et transmet ce qu’il a hérité.

9. La valeur de l’exemplaire historique

Contempler aujourd’hui ce volume, c’est rencontrer deux formes de témoignage.

La première est intellectuelle : le contenu mathématique, les démonstrations et les figures conservent la mémoire d’une discipline qui a contribué à la formation de la science européenne.

La seconde est matérielle : le papier ancien, la typographie, les traces du temps et les caractéristiques de l’exemplaire documentent l’histoire concrète de la production et de la conservation du livre.

Une œuvre ancienne n’est pas seulement le contenant d’un texte. C’est aussi un objet historique, passé entre les mains, les bibliothèques et les contextes culturels qui ont pu en modifier le parcours.

Pour cette raison, son évaluation demande une attention à l’origine, à l’intégrité, à l’état de conservation, à la reliure et à l’identification précise de l’édition.

Dans le cas qui nous occupe, la page de titre permet de reconnaître l’édition vénitienne de 1585. Des affirmations supplémentaires sur l’origine de l’exemplaire, sur sa rareté ou sur sa valeur économique nécessiteraient en revanche une vérification bibliographique et antiquaire dédiée.

La prudence, loin de diminuer le prestige d’un document, fait partie intégrante du respect que nous lui devons.

10. Conclusion : la permanence de la raison

Mesdames et Messieurs,

ce volume nous invite à réfléchir sur l’extraordinaire continuité de la connaissance humaine.

Euclide représente la recherche d’un ordre rationnel ; Tartaglia incarne l’engagement de transmettre ce savoir à de nouveaux lecteurs ; l’imprimerie vénitienne témoigne de la force d’une technologie capable d’élargir la circulation des idées.

Du passage de l’Antiquité à la Renaissance, de la géométrie classique à la science moderne, les Éléments ont traversé des siècles de transformations politiques, culturelles et scientifiques sans perdre leur importance historique.

Les pages que nous avons devant nous ne sont pas seulement un fragment du passé. Elles constituent la preuve matérielle que les idées peuvent survivre à leurs auteurs, traverser les langues et les frontières, inspirer de nouvelles questions et continuer à parler à ceux qui veulent les écouter.

À une époque dominée par la vitesse et par la production continue d’informations, ce livre ancien rappelle la valeur de la précision, de la démonstration et de l’étude patiente.

Sa leçon la plus haute est peut-être précisément celle-ci : le progrès ne naît pas seulement de la découverte du nouveau, mais aussi de la capacité de garder, comprendre et renouveler le patrimoine reçu.

Conserver une œuvre comme celle-ci signifie garder non seulement un livre, mais une part de l’histoire de la raison humaine.

Et c’est dans cette union de savoir, mémoire et beauté que réside son véritable sens

Collation et état de préservation : 3pp; (315pp) état de préservation excellent à signaler gore et floritures mais dans l’ensemble œuvre rare et magnifique

Expédition : express en seulement 24h ouvrables en Europe, pour les pays hors UE il sera nécessaire 48h ouvrables

Détails

Nombre de livres
1
Sujet
Astrologie, Astronomie, Chimie, Incunable et premières impressions, Livres illustrés, Mathématiques, Nature, Physique, Techniques
Titre du livre
Scientie Mathematice
Auteur/ Illustrateur
Euclide & Tartaglia
Condition
Bon
Année de publication de l’ouvrage le plus ancien
1585
Édition
1ère édition
Langue
Italien
Langue originale
Oui
Éditeur
Appresso gli Heredi di Trojan Nano, alla libraria dal Leone
Reliure
Vélin
Nombre de pages
315
ItalieVérifié
10
Objets vendus
100%
Particulier

Objets similaires

  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​

Pour vous

Livres

  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​
  • ​
    ​
    ​