No. 107022366

Baluster vase - Porcelain - China - Yongzheng (1723-1735) (No reserve price)
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Baluster vase - Porcelain - China - Yongzheng (1723-1735) (No reserve price)
IMPORTANT VASE BALUSTRE EN PORCELAINE CHINOISE POLYCHROME DE LA FAMILLE ROSE, À MONTURE EN BRONZE DORÉ
Chine, dynastie Qing — Porcelaine attribuée au règne de Yongzheng (1723-1735). Monture européenne attribuée à la fin du XIXe siècle.
Anciennes étiquettes de la maison Florine Langweil, de la collection Dreesmann et de Spink & Son.
I. Description générale de l'œuvre
Important vase balustre en porcelaine chinoise à décor polychrome de la famille rose, présentant une panse généreusement arrondie, un épaulement marqué et un long col cylindrique se terminant par une large ouverture évasée.
L'ensemble repose sur un pied légèrement évasé, aujourd'hui dissimulé en partie par une importante monture en bronze doré.
La décoration se distingue par la richesse de sa palette et la complexité de sa composition. Un fond pourpre intense accueille deux grandes réserves polylobées figuratives, entourées de motifs floraux et de rinceaux.
Le décor associe des émaux roses, turquoise, jaunes, bleus et verts, disposés en registres successifs.
L'épaulement présente une large bande jaune ornée de motifs floraux, tandis que le col est rythmé par plusieurs frises superposées.
L'ensemble révèle une recherche d'équilibre entre la narration figurative, la symbolique florale et l'ornementation géométrique.
Le dessous du vase, émaillé turquoise, porte une marque à quatre caractères correspondant à une marque du règne de Yongzheng.
II. Analyse iconographique : un programme consacré à la longévité et à la prospérité
Le décor figuratif mérite une attention particulière. Les deux grandes réserves ne semblent pas avoir été conçues comme de simples ornements indépendants, mais comme des compositions appartenant à un programme symbolique cohérent.
1. Première réserve : le vieillard et les enfants
La première composition représente un personnage âgé, vêtu d'une robe bleue, installé dans un environnement paysager.
Il est accompagné de jeunes personnages, au milieu d'une végétation abondante.
La présence du vieillard et des enfants évoque les thèmes traditionnels de la longévité et de la prospérité familiale.
Dans l'iconographie chinoise, la figure du vieillard peut être associée à Shoulao, divinité de la longévité. L'identification précise du personnage de ce vase demeure toutefois à confirmer.
L'association du personnage âgé et des enfants peut également être interprétée comme une évocation de la continuité des générations.
Le décor rejoint ainsi une tradition dans laquelle la représentation d'une famille prospère, entourée de symboles favorables, exprime des souhaits de bonheur et de longue vie.
Concordance avec la période Yongzheng
Les thèmes de la longévité, des personnages âgés et des enfants sont attestés sur les porcelaines du règne de Yongzheng.
Leur emploi est donc compatible avec l'attribution proposée.
Cette correspondance concerne le sujet iconographique plutôt qu'une formule de composition exclusivement propre à ce règne.
2. Seconde réserve : la grue, les personnages et les enfants
La seconde scène présente plusieurs personnages dans un paysage arboré, accompagnés d'une grue.
Cet oiseau constitue un élément central du vocabulaire symbolique chinois.
Traditionnellement associé à la longévité et à l'immortalité, il apparaît fréquemment dans les représentations de personnages immortels et dans les compositions exprimant des souhaits de longue vie.
La présence d'enfants renforce la lecture favorable de cette scène, en introduisant le thème de la descendance.
Les fruits visibles dans la composition, s'ils sont bien identifiés comme des pêches, compléteraient ce langage symbolique.
La pêche constitue en effet l'un des attributs traditionnels de la longévité.
Concordance avec la période Yongzheng
L'association de plusieurs symboles favorables dans une même composition est caractéristique d'une large partie de la production décorative Qing.
Les porcelaines de Yongzheng présentent notamment des compositions associant pêches et autres motifs de bon augure.
Le langage symbolique de cette seconde réserve est donc cohérent avec celui employé au cours de ce règne.
L'emploi de ces thèmes ayant perduré sous Qianlong et au XIXe siècle, la concordance ne constitue cependant pas un critère de datation exclusif.
III. Le vocabulaire floral et son organisation
Le programme floral participe à l'unité de la composition.
Les différentes parties du vase sont couvertes de fleurs stylisées, de rinceaux et de motifs organisés en séquences régulières.
1. Les fleurs de lotus
Les grandes fleurs visibles sur le col et dans les registres décoratifs semblent appartenir principalement au répertoire du lotus stylisé.
Le lotus occupe une place importante dans l'art chinois.
Associé à la pureté, il possède également des significations bouddhiques et peut entrer dans des compositions exprimant l'harmonie et la prospérité.
Sur ce vase, les fleurs apparaissent reliées par des tiges et des rinceaux.
Leur disposition crée une ornementation continue qui contraste avec les deux grandes scènes narratives de la panse.
2. Les compositions florales ternaires
Plusieurs motifs floraux paraissent organisés en groupements symétriques, parfois autour de trois éléments.
Cette organisation peut être décrite comme une composition ternaire.
Elle répond avant tout à une recherche d'équilibre décoratif : une fleur principale peut être accompagnée de deux éléments secondaires, créant un ensemble structuré autour d'un axe central.
Il convient de distinguer cette disposition d'une symbolique intentionnelle du chiffre trois, qui n'est pas démontrée ici.
3. Les rinceaux floraux
Les fleurs sont reliées par des tiges sinueuses qui parcourent les différentes zones du vase.
Ce type de décor permet de créer une continuité entre les registres.
Les rinceaux constituent également un procédé permettant de remplir le fond sans interrompre la lecture des grandes réserves figuratives.
Concordance avec la période Yongzheng
Les porcelaines Yongzheng présentent des décors floraux particulièrement variés, allant de compositions naturalistes relativement aérées à des agencements stylisés et symétriques.
Le raffinement des fleurs et l'utilisation des émaux roses constituent des points de rapprochement pertinents.
Toutefois, la densité du décor floral de ce vase appelle également des comparaisons avec la production du règne de Qianlong, durant lequel les compositions polychromes complexes se développent considérablement.
IV. La palette chromatique et les innovations techniques de Yongzheng
L'un des arguments stylistiques les plus intéressants réside dans le choix des couleurs.
Le vase associe notamment :
Un fond pourpre soutenu.
Des émaux roses dans les fleurs et les figures.
Un turquoise présent dans plusieurs registres et sous la base.
Des fonds jaunes à décor floral.
Des rehauts bleus et verts.
Cette palette correspond au répertoire de la famille rose, dont les possibilités picturales furent particulièrement développées au début du XVIIIe siècle.
Sous Yongzheng, les ateliers impériaux perfectionnent la maîtrise des émaux opaques et des nuances roses, permettant des modelés et des transitions chromatiques plus élaborés.
L'usage de ces émaux constitue donc une concordance technique importante avec la période proposée. 
Le fond pourpre, les frises jaunes et les parties turquoise produisent un contraste chromatique recherché.
L'ensemble présente une organisation minutieuse : les scènes figuratives occupent les zones centrales, tandis que les motifs floraux assurent l'articulation entre les différentes parties du vase.
Cette conception témoigne d'une recherche décorative élaborée, même si les caractéristiques chromatiques ne peuvent être considérées comme propres au seul règne de Yongzheng.
V. La marque impériale Yongzheng
Le dessous présente un émail turquoise et une marque chinoise à quatre caractères inscrite dans un double encadrement carré.
La marque semble se lire :
雍正御製 — Yongzheng yuzhi
Traduction : « Fabriqué sur ordre impérial sous le règne de Yongzheng ».
La présence d'une telle marque constitue un élément important dans l'étude de l'objet.
Son examen doit être mis en relation avec le style de la calligraphie, la nature des émaux, la pâte de porcelaine et les techniques de fabrication.
La marque et les rapprochements iconographiques permettent de formuler une attribution au règne de Yongzheng, sous réserve de confirmation par une étude matérielle.
VI. La monture européenne en bronze doré : une transformation du XIXe siècle
Le vase est enrichi d'une imposante monture en bronze doré, vraisemblablement ajoutée en Europe à la fin du XIXe siècle.
Cette intervention modifie sensiblement sa silhouette et lui confère une nouvelle fonction décorative.
La monture se compose de trois éléments principaux.
Les anses : deux figures d'enfants ailés, évoquant des putti, sont installées sur des consoles latérales. Leur présence introduit un vocabulaire figuratif occidental qui contraste avec les scènes chinoises peintes sur la porcelaine.
Le col : une bordure métallique dorée vient souligner l'ouverture du vase, accentuant sa monumentalité.
Le piétement : la base ajourée présente des volutes et des feuillages d'inspiration rocaille, prolongeant visuellement la silhouette du vase et créant un effet d'apparat.
Une adaptation aux goûts des collectionneurs européens
L'ajout de montures métalliques aux porcelaines chinoises appartient à une tradition européenne ancienne, particulièrement développée en France au XVIIIe siècle.
Cette pratique se poursuit au XIXe siècle, notamment dans le contexte du renouveau des styles historiques et du goût pour les objets d'art d'Extrême-Orient.
Les bronziers et marchands européens transforment alors des porcelaines anciennes en objets décoratifs monumentaux destinés aux intérieurs de collectionneurs.
L'Institut national d'histoire de l'art documente notamment cette activité chez les Beurdeley, qui réalisaient encore, dans la seconde moitié du XIXe siècle, des montures modernes en bronze doré pour des porcelaines chinoises anciennes. 
Le Walters Art Museum conserve également un vase chinois doté d'une monture française datée de 1870-1880, démontrant la persistance de cette pratique à la période envisagée. 
Dans le cas présent, la monture semble correspondre à cette démarche.
Elle aurait été ajoutée pour adapter une porcelaine chinoise aux goûts européens de la fin du XIXe siècle.
La pièce réunit ainsi deux traditions artistiques : celle de la porcelaine chinoise et celle des arts décoratifs européens.
Cette intervention constitue une seconde étape dans l'histoire de l'œuvre, distincte de la fabrication du vase lui-même.
VII. Provenance et histoire des anciennes collections
Le dessous conserve plusieurs anciennes étiquettes commerciales et de collection.
Leur présence fournit des indices matériels permettant de retracer une partie de la circulation de l'objet entre les marchés français, britannique et néerlandais.
1. Florine Langweil : une figure du commerce de l'art asiatique
Une étiquette ancienne porte l'inscription :
« Mme F. Langweil — Objets d'art anciens de la Chine & du Japon — 4, boulevard des Italiens, Paris ».
Florine Langweil (1861-1958) fut une marchande d'art, collectionneuse et mécène française, spécialisée dans les antiquités chinoises et japonaises.
À la fin du XIXe siècle, elle développa un commerce d'objets asiatiques qui attira une clientèle internationale de collectionneurs et d'amateurs.
Sa maison occupa le 4, boulevard des Italiens entre 1887 et 1903, avant de s'installer au 26, place Saint-Georges. 
Cette chronologie est particulièrement intéressante pour l'étude du vase.
L'adresse figurant sur l'étiquette correspond précisément à la période comprise entre 1887 et 1903.
Elle permet de situer historiquement l'utilisation de cette étiquette, sans prouver à elle seule la date exacte de vente du vase.
Florine Langweil entretenait des relations avec plusieurs collectionneurs importants, notamment Émile Guimet et Ernest Grandidier.
Elle contribua également à l'enrichissement de collections publiques, notamment celles des musées Guimet, Cernuschi, de Colmar et de Strasbourg. 
La présence de son étiquette sous le vase constitue donc un témoignage intéressant de sa circulation dans le commerce spécialisé de l'art asiatique à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle.
2. La collection Dreesmann
Une seconde étiquette circulaire porte la mention :
« Collectie Dreesmann ».
Le nom Dreesmann est associé à une importante famille néerlandaise, notamment connue pour son activité commerciale et son intérêt pour les arts.
Anton C. R. Dreesmann et son épouse Marianne L. Dreesmann-van der Spek constituèrent au cours de leur vie un ensemble éclectique comprenant peintures anciennes, dessins, sculptures, mobilier, argenterie et porcelaines chinoises.
Une partie de cet ensemble fut présentée lors d'une vente organisée à Paris en 2021. 
L'étiquette conservée sous le vase suggère une appartenance à une collection Dreesmann.
L'identification du collectionneur précis ainsi que les dates d'acquisition et de transmission demandent toutefois à être documentées par des inventaires ou des catalogues anciens.
3. Spink & Son, Londres
Une troisième étiquette porte le nom de Spink & Son Ltd, accompagné de la mention « Est. 1772 ».
Cette maison londonienne est historiquement associée au commerce des objets d'art et des antiquités.
La présence de son étiquette constitue un indice supplémentaire de la circulation de l'objet sur le marché international.
Elle ne permet cependant pas, à elle seule, d'établir à quelle date le vase aurait été acquis ou vendu par cette maison.
4. Intérêt historique de la réunion des étiquettes
La conservation de ces différents témoignages est particulièrement intéressante.
L'étiquette Langweil permet de rapprocher le vase du commerce parisien de l'art asiatique autour de 1900.
L'étiquette Dreesmann évoque son passage dans une collection néerlandaise.
Celle de Spink & Son suggère un lien avec le marché britannique.
Leur réunion permet d'envisager un parcours commercial et collectionneur international, dont la chronologie exacte reste à établir.
VIII. Conclusion : un objet à deux histoires artistiques
Ce vase présente un intérêt particulier par l'association d'un programme décoratif chinois élaboré et d'une importante transformation européenne.
Son décor réunit plusieurs thèmes bien documentés dans les arts décoratifs de la dynastie Qing : longévité, bonheur familial, prospérité et abondance.
La présence de personnages âgés, d'enfants, d'une grue, de fruits et de compositions florales crée un ensemble symbolique cohérent.
Plusieurs de ces représentations trouvent des correspondances avec le vocabulaire artistique employé sous le règne de Yongzheng.
La palette de la famille rose et la présence d'une marque à quatre caractères constituent des éléments supplémentaires en faveur de l'étude de cette attribution.
Toutefois, la richesse ornementale, la superposition des registres et l'abondance des fonds colorés nécessitent également des rapprochements avec les productions postérieures, notamment celles de Qianlong et du XIXe siècle.
La monture en bronze doré, attribuée à la fin du XIXe siècle, témoigne quant à elle de l'adaptation de l'objet aux goûts des collectionneurs européens.
Enfin, les anciennes étiquettes Langweil, Dreesmann et Spink & Son contribuent à documenter son histoire commerciale et son parcours dans le monde des collections.
La pièce est ainsi présentée comme un important vase chinois en porcelaine polychrome de la famille rose, portant une marque Yongzheng et attribué à ce règne, enrichi d'une monture européenne en bronze doré attribuée à la fin du XIXe siècle, avec anciennes étiquettes de provenance.
Une visite de l’objet est possible dans le délai des enchères en prenant rendez-vous et visible à Reims.
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